«Devenir danseur de hip hop»

Christiano, professeur de danse, répond aux questions des CM2 A.

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Après avoir travaillé deux semaines avec Christiano pour imaginer la chorégraphie de notre danse de fin d'année scolaire, nous avons voulu en savoir plus sur le parcours de ce danseur de Hip hop.

Nous avons donc invité Christiano le 29 juin 2017 dans notre classe pour l'interviewer.

 

Nous avons d'abord écrit un guide d'entretien. C'est le résultat d'une réflexion commune : chaque élève rédige des questions à propos de la vie d'un danseur de Hip hop, des débuts (l'enfance) à aujourd'hui. Ensuite, on a sélectionné les questions qui nous ont semblé les plus intéressantes et les plus adaptées à notre enquête. Pour finir, on les a classées en trois chapitres : « l'enfance », « les débuts de la danse » et « La danse hip-hop, un métier? »

« Où avez-vous grandi? Parlez-nous de votre enfance.

  • Je suis originaire de Libreville la capitale du Gabon. J'ai passé toute mon enfance dans un quartier périphérique appelé PK 6. C'est un quartier populaire périurbain typique de Libreville où s'entremêlement la nature et les habitations en planche, souvent construites d'une manière anarchique sur un terrain accidenté. Les routes ou les pistes sont mal tracées mais ça fait le charme de ces « Matitis », les « mapanes » comme on les appelle au Gabon pour désigner ces maisons en contreplaqué.

    Je viens d'une famille unie. J'ai passé une enfance heureuse, riche en bons moments. Mais j'ai perdu mon père assez tôt et ça m'a rendu triste pendant des années jusqu'à ce que je découvre la danse.

  • Vos parents aimaient-ils la danse ?

  • Oui, mais ils n'étaient pas spécialement danseurs. En revanche, ils étaient musiciens. Mon papa chantait dans la chorale la plus prestigieuse, à l'époque. Ma maman, mes frères et mes sœurs également chantaient. Je baignais dans un environnement musical.

  • Quels étaient vos loisirs, vos activités artistiques ?

  • Enfant, je ne chantais pas spécialement mais j'appris à jouer de la guitare à l'église vers 13 ans. Ce n'est qu'à 17 ans que j'ai commencé à chanter à l'église.

    J'ai aussi pratiqué le foot qui était un des sports les plus pratiqués au quartier mais au bout de quelques années, j'ai choisis d'arrêter car le terrain devenait dangereux ... on n'était pas équipé, pas de chaussures de foot....shooter dans une pierre, ça fait des dégâts !

    Il y avait un lieu incontournable dans ce quartier : c'était mon école primaire. Elle s'appelait l'école « Six bancs ». On y proposait des cours d'arts martiaux quand il n'y avait pas cours mais moi, ça ne m'a jamais vraiment intéressé. Un jour, mon grand frère qui revenait de Mayoumba, une ville de province au sud sur Gabon, a ramené un skateboard. J'ai commencé à m'entraîner dans le seul lieu adapté du quartier : la cour bétonnée de mon école des « Six bancs ». Ca a sans doute influencé mon goût pour les acrobaties. Adolescent je me suis concentré sur cette activité. Ca me passionnait mais ça n'était pas simple car pour s'entraîner on n'avait pas trop le choix : le sable ou le terrain vague qu'on équipait comme on pouvait avec des sacs de copeaux de bois qu'on récupérait dans les scieries car le Gabon c'est le pays du bois ! Ca amortissait les chutes mais il y avait beaucoup de casse ! En plus, il ne fallait pas se plaindre car ma mère n'en savait rien !

    Parallèlement à cette activité sportive, je me suis intéressé à la danse Hip-hop qui, au début des années 2000, a commencé sérieusement à se développer au Gabon. J'ai fait mes premiers pas de danse à l'âge de 13 ans. Au départ, j'avais honte car je ne dansais pas spécialement bien. La confiance en moi est venue avec le temps et surtout avec un travail acharné.

    Un événement marquant est à mentionner : je suis allé au « Festival Gabao Hip-hop » de Libreville. J'ai pu voir en live des artistes comme Zao, Diams et bien d'autres artistes internationaux.

  • A quel moment êtes-vous devenu un bon danseur, le début de votre carrière professionnelle ? Qui vous a aidé à le devenir ?

  • En 2006, j'ai pu travailler avec une compagnie belge, les « Lézards urbains ». il y a eu aussi un groupe pro du Gabon, les 3 DD avec qui j'ai tissé des liens. Il m'a fallu plus de 10 ans de travail pour arriver à mon niveau actuel. Ce qui est important, c'est d'échanger avec d'autres danseurs. C'est comme cela qu'on progresse. Ca aide à la création aussi. J'ai d'abord dansé avec les Wyclif (2002), puis avec les Gambler Crew (2004-2008) et avant mon départ pour l'Angola en 2011-12 avec les Paranoyak crew.

  • Vous êtes maintenant en Angola, à Luanda. La danse Hip-hop est -elle développée ?

  • Ici, ce n'est pas comme au Gabon, où les danseurs ont beaucoup d'opportunités pour danser. Être danseur professionnel Hip-hop, ce n'est pas encore possible en Angola car les choses ne sont pas encore bien organisées. A nous d'imaginer des lieux, de créer des réseaux pour mettre en connexion tous les artistes angolais, dans ce domaine. Et il y en a beaucoup !

    On aimerait travailler davantage avec les structures culturelles locales : l'Alliance Française, les Centres culturels portugais et brésilien, la Mediateca, le Teatro Elinga... C'est notre objectif pour les mois à venir.

  • Où en êtes vous en ce moment concernant vos créations ?

  • On vient de finir une vidéo avec un collectif de huit danseurs angolais «Les Fullmooncrew ». Mieux que de vous en parlez, je vous propose de regarder la vidéo !

    A bientôt les futurs danseurs !

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  • Merci Christiano !

Les CM2 A